Les banques françaises à la conquête de Genève

Les banques françaises à la conquête de Genève
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Depuis quelques années, plusieurs établissements bancaires français se sont installés à Genève comme banques de détail, dans un marché très compétitif. Leur cœur de cible : la clientèle transfrontalière.

Entre les banques françaises et Genève, c’est une longue histoire. Mais alors qu’elles s’étaient jusqu’ici cantonnées à la banque privée, certaines se lancent, depuis quelques années, dans l’aventure de la banque de détail, connue également sous le nom de banque Retail.

«Ces banques se sont spécialisées dans la gestion de patrimoine transfrontalier, que ce soit CIC, Banque du Léman ou CA Next Bank », explique Frédéric Kohler, directeur de l’Institut supérieur de formation bancaire (IFSB) de Genève.

Selon lui, elles présentent des atouts non négligeables pour une clientèle de frontaliers, que ce soit des Français travaillant en Suisse ou des Suisses résidant en France. « Elles s’appuient sur les groupes français et connaissent très bien les mécanismes d’hypothèque en France. Quand une banque suisse veut faire un prêt hypothécaire hors du pays, elle est obligée de passer par une banque française qui va lui prendre une commission. Elle est donc moins compétitive, alors que pour ces trois banques françaises, c’est leur maison mère qui prend l’hypothèque en France», note-t-il.

La fin du secret bancaire change la donne

Mais ces banques ont aussi récupéré une clientèle de frontaliers délaissée par les banques suisses après la fin du secret bancaire en 2013.  «La Banque du Léman s’est créée au moment où le Crédit Suisse et UBS ont décidé de ne plus avoir de frontaliers parmi leur clientèle Retail, car la Suisse avait signé l’échange automatique d’informations et le coût d’administration des comptes frontaliers avait fortement augmenté. En effet, elles doivent maintenant faire un reporting automatique de leurs comptes clients, chaque année, à l’État français, et cela a un prix important», explique M. Kohler.

En réponse, les banques suisses ont augmenté de manière significative les frais de tenue de compte pour les frontaliers, ce qui a poussé ces derniers à les quitter pour se réfugier auprès des filiales de banques françaises.
À l’initiative de la Caisse d’Épargne Rhône Alpes, la Banque du Léman a ainsi vu le jour en mai 2014. Elle possède aujourd’hui des agences à Genève et Lausanne.

«La meilleure façon d’accompagner les besoins de nos clients frontaliers était d’ouvrir un établissement en Suisse pour qu’ils puissent y domicilier leurs revenus, tout en conservant deux établissements principaux, l’un en Suisse et l’un en France», explique Stéphanie Paix, présidente du directoire de la Caisse d’Épargne Rhône Alpes.

En septembre 2017, la Banque du Léman a étendu ses services aux PME transfrontalières pour servir une population de chefs d’entreprise qui a parfois du mal à s’y retrouver dans leurs opérations entre France et Suisse. « Nous leur offrons des facilités pour le dépôt de leur capital, lorsqu’elles ouvrent une filiale par exemple. Nous leur proposons également des facilités de rapatriement, de transfert et de change. Mais nous apportons aussi des conseils personnalisés sur leurs opérations courantes, dans l’accompagnement de leurs financements ou lors de levées de fonds, etc. Par rapport aux autres banques suisses, on a un relationnel avec les petites entreprises qui est peut être plus en proximité. Et surtout, il s’agit du même type de relationnel que nos clients français trouvent à la Caisse d’Épargne. Il y a cette continuité dans la façon d’aborder les choses», ajoute-elle.

Une population aux besoins bancaires spécifiques

Le Crédit Agricole des Savoie, qui s’est installé au début des années 2000 à Genève sous la marque Crédit Agricole Financement, puis CA next bank en 2017, a également pour objectif d’accompagner la clientèle transfrontalière. « Cela nous a paru important et tout à fait notre rôle de continuer à accompagner nos clients une fois qu’ils avaient passé la frontière», explique Richard Laborie, directeur général adjoint de la banque.

Bien que l’essentiel des besoins bancaires des frontaliers se trouve en France, une partie est effectivement en Suisse, notamment le versement de leur salaire et le rapatriement d’une partie de ces fonds en France, mais aussi leurs besoins de prévoyance, de préparation de la retraite, ou d’assurance. «Nos conseillers, en France comme en Suisse, suivent des parcours de formation que l’on appelle le passeport frontalier, qui permet d’être au fait des problématiques spécifiques, des sujets de fiscalité et d’avoir des conseillers des deux côtés de la frontière qui savent répondre aux questions des clients et ainsi les accompagner», ajoute M. Laborie.

Au-delà des frontaliers, une partie de la clientèle de ces banques est composée de résidents suisses. Un segment que la Banque du Léman et le Crédit Agricole souhaitent développer : «On a de plus en plus aussi une clientèle de résidents suisses, qui vient chercher une qualité de service, une relation à distance et aussi une capacité de financement, puisque nous faisons du crédit hypothécaire pour eux », note Richard Laborie.

Cependant, conscients que le marché de la banque de détail est très compétitif en Suisse, ces deux établissements souhaitent avant tout se développer dans les zones frontalières. «Nous n’avons pas vocation à devenir une banque domestique dans l’ensemble de la Suisse. On souhaite se développer dans l’arc frontalier, car la clientèle frontalière reste notre cœur de cible », conclut Stéphanie Paix.


Romain Fournier


 

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