Élections genevoises : fin d’une législature calamiteuse

Élections genevoises : fin d’une législature calamiteuse
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Mi-avril, les électeurs du canton de Genève ont élu leur Parlement cantonal (Grand Conseil) et, au terme d’un 2e tour le 6 mai, leur gouvernement (Conseil d’État). Malgré une participation plutôt faible, ces élections ont montré l’envie des votants de rééquilibrer la droite et la gauche. Explications et analyses.

La grand majorité des députés sortants l’avoue. Il était temps que cette législature cantonale se termine. L’absence d’un bloc de partis gouvernementaux représentant une base politique plus consensuelle et responsable a cruellement fait défaut. Les positions fluctuantes du MCG (Mouvement Citoyen Genevois), de l’UDC (Union démocratique du centre) et des six députés hors parti ont même eu pour effet de voir des députés représentés à l’Exécutif trouver goût à gêner leurs propres ministres!
Dans ce climat parlementaire délétère, la crispation constante entre le législatif et le gouvernement a affaibli ce dernier dans son fonctionnement.

Vers une législature de consensus pour avancer?

Les choses iront-elles mieux? Cela ne va pas de soi, mais les ingrédients existent. Le gouvernement équilibré entre gauche et droite devrait travailler autrement et mieux rechercher des consensus dès lors qu’il pourrait s’appuyer, ensuite, sur une majorité au législatif, sans avoir automatiquement besoin du MCG. Ce dernier, représenté à l’Exécutif par un homme jugé crédible par bon nombre d’électeurs (Mauro Poggia), peut mieux s’engager que simplement en faisant pencher la balance.
La composition du parlement se modifie dans la mesure où les quatre partis à vocation gouvernementale renforcent leur position. Le PLR (libéraux-radicaux) sort en tête avec 28 députés (+4) sur 100. Son allié de l’Entente Genevoise, le PDC (Démocrates Chrétiens) a 12 députés (+1). Le PS compte 17 députés (+2) et les Verts rebondissent avec 15 sièges (+5), presque à leur plus haut niveau de 2005 où ils en comptaient 16.

Cette base législative de 72 députés ne doit pas être dominée par le dogmatisme. Elle a la responsabilité de faire avancer les affaires de la République. On n’évitera toutefois pas que certaines questions soient démocratiquement tranchées en référendum par le peuple (exemples : scalité des entreprises ou financement de la caisse de pension de la fonction publique).
Le populiste MCG a certes encore un ministre, malgré sa chute de 20 à 11 sièges, mais celui-ci est plutôt élu à titre personnel. Ce parti est souvent imprévisible. Par contre son opposition au nombre de frontaliers est constante. L’UDC, premier parti fédéral, très à droite, positionné dans la même ligne que le MCG concernant la présence étrangère en général, dont celle des frontaliers, sauve sa peau avec huit députés (moins deux).
“Ensemble à gauche” (gauche radicale), que l’on pensait en danger, se maintient avec neuf sièges, il en gagne même un.

Rééquilibrage des forces en présence

Ceci signifie que lorsque toute la gauche fera bloc, elle arrivera à 41 voix, auxquelles, selon les sujets, les voix MCG peuvent s’ajouter. Lorsque toute la droite se rassemblera, elle aura 48 voix auxquelles des voix MCG peuvent s’associer, selon les sujets.
C’est dire qu’une tendance droitière domine, mais elle est aléatoire. On a souvent écrit que la sensibilité populiste avait fondu. Elle est certes moins présente, mais recueille tout de même une vingtaine de pourcents des suffrages. Le total des voix des formations n’ayant pas atteint le quorum de 7% représente tout de même 11,07% : “La liste-femmes” 3,26%, “La liste pour Genève” (gauche) 0,71 % ; les verts libéraux 1,6 % ; PDB (dissidents UDC) 0,52 % ; GEMA (Genève en Marche d’Éric Strauffer, dissidents MCG) 4,1 % ; Égalité et Équité 0,88 %. Ces pourcentages sont donc répartis entre les autres partis proportionnellement à leurs forces. Les plus grands en tirent le meilleur avantage.

À noter : pour le premier tour des élections du Conseil d’État et du Grand Conseil, le 15 avril, le taux de participation a été de 38,77% (2013, 41,05%). Pour le second tour du Conseil d’État, le 6 mai, il a atteint 35 % alors qu’il montait à 46,4% en 2013. De nombreux électeurs ont certainement considéré que les jeux étaient faits, compte tenu de l’important retard du ministre sortant, Luc Barthassat, qui allait être battu.


Claude Haegi


 

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